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De la divergence dans la convergence

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A Paris, à Lyon ou à Nantes la fin du 1er mai a montrer l’exacerbation des tensions internes des mouvements sociaux. La CGT, symbole du syndicalisme, d’un côté, et des foules hétéroclites de l’autre. A Limoges, la domination de la CGT sur le mouvement social n’amène heureusement pas à ce genre de situation mais ici aussi l’autorité de la bureaucratie se fissure.

Des tractations ont été obligatoires pour que les occupant·e·s du théâtre de l’Union finissent par décaler leur spectacle qui était programmé à l’heure du traditionnel défilé (10 h 30 carrefour Tourny). Finalement, les bureaucrates ont gagné sur le papier mais dans les faits la foule était présente place de la République pour les représentations alors que le camion sono de la CGT bloqué entre le chantier et la circulation n’attirait que peu de monde. Et la manifestation a bien attendu que les spectacles et chansons se terminent avant de partir... Tant de complication pour pas grand-chose ?

Peut-être devons nous voir là la recomposition en cours dans les mouvements sociaux et la réaction d’une partie des syndicalistes qui tirent un pouvoir (conscient ou non) de l’état actuel des choses. Les mouvements sociaux n’ont jamais été une masse unie avec une pensée unique, les divergences profondes qui les parcourent sont toujours objets de tensions et de rapports de force. La léthargie politique, la répression et le mythe de la république sociale a permis aux syndicats légitimés par le pouvoir d’asseoir leur autorité. Mais face aux attaques incessantes du patronat et de l’État et des stratégies peu compréhensibles des grandes centrales syndicales, les défaites se sont enchaînées malgré des mobilisations massives. Une partie de plus en plus grande des mouvements sociaux (y compris à l’intérieur des syndicats) cherchent à remettre au goût du jour d’autres modes d’actions que la manif pantoufle tout en gardant la volonté massive de « converger ». Les différents discours autour des affrontements à Paris, comme sur le site lundi matin, montre qu’il ne peut y avoir une lecture simpliste et simplifiée. Il ne s’agit pas uniquement de méchants autonomes et/ou Gilets jaunes et de gentils syndicalistes à la gazeuse. Mais l’inverse est sans doute tout aussi vrai. L’incapacité du mouvement social à prendre de l’ampleur et imposer des changements radicaux n’est pas uniquement la faute de la méchante CGT qui freine des quatre fers face à tout changement, et la place qu’elle occupe comme symbole de l’immobilisme social lui confère sans doute trop de pouvoir. Des mouvements sociaux forts et diversifiés feraient facilement exploser le peu de pouvoir qu’il reste à la bureaucratie syndicale la laissant seule sur le côté de la route.

À Montréal, une manifestation autonome est capable d’attaquer directement un technopole, alors qu’à Paris certain·e·s questionnent le fait de ne pas partir en manifestation libre. Les personnes qui tirent des bénéfices de l’état de léthargie politique ne seront pas acteur·ice·s des changements à venir et peuvent même en être des freins par rapport à tout changement. L’attachement irrationnel à Limoges du rendez-vous à 10 h 30 carrefour Tourny pour une manifestation dont on sait qu’elle n’aura aucun impact en est symptomatique. Mais, de plus en plus, le rapport de force se situe à côté. Si la volonté de convergence et de construire autre chose communément se renforce cela ne pourra pas se faire sans remettre en question les rapports de pouvoirs liés aux institutions mais également à toutes les autres oppressions. Car taire les dissensions, les refouler, c’est implicitement leur laisser la place pour nous ronger de l’intérieur. C’est aussi prendre parti pour les plus forts, ceux ayant le plus de pouvoir. Cela ne pourra pas non plus se faire main dans la main avec les patrons, la police (même les RG/DGSI) ou l’État qui n’ont pour seule volonté que le maintien de l’ordre existant. Les mouvements sociaux sont face à l’urgence de l’état social et écologique qui ne cessent de se dégrader. Construire ici et maintenant un rapport de force c’est construire sans nier (ni passer sous silence) nos divergences ou les différentes dominations internes mais en essayant de les détricoter collectivement. Il ne pourra pas y avoir une convergence réelle et perenne sans ces efforts qui ne semblent pourtant aujourd’hui qu’à leurs prémices.


P.-S.

Le dessin est de Jean-François Batellier qui anima longtemps les rues du Quartier latin par ses expositions sauvages.


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