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La sélection, c’est dégueulasse.

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Scoop : la politique qui est menée actuellement dans notre pays s’inscrit dans une idéologie qui n’est ni juste, ni moderne, ni progressiste. Vous trouverez là un fragment de réflexion sur la logique qui gouverne notre gestion de l’éducation et de l’immigration. Réflexion zestée d’un sentiment d’urgence, d’une certaine colère et d’un appel à l’offense des gens de pouvoir qui dans nos préfectures et nos universités, tous coconnés du prestige facile, s’appliquent à œuvrer pour la médiocrité.

Si l’on venait se pencher sur nos couveuses dès la maternité pour garder les plus gras, les plus grands, ceux dont les parents sont les plus cultivés ? La chose serait trop choquante pour pouvoir durer. De même, si l’on se rendait dans les pays que quittent les migrants pour y choisir les plus robustes et en faire de la main-d’œuvre - très - bon marché, cela rappellerait une période assez honteuse qu’on aurait vite fait de dénoncer massivement pour la faire interdire. Mais la sélection n’est morte ni à Sparte ni de concert avec la traite atlantique. Elle est toujours là, chez nous. Plus implicite donc plus pérenne, elle opère dans tous les domaines sans qu’on s’en insurge et sa fonction s’explique assez facilement. Tant qu’on n’aura pas pensé un nouveau rapport au travail et à la production, une autre partition sociale, cette sélection demeurera nécessaire. Alors, pour qu’elle puisse se faire, il suffit de la rendre moins visible et plus acceptable en l’échelonnant. C’est là notre politique en terme d’éducation comme en terme d’immigration.

La sélection, un processus global.

Enseignement supérieur, le nom en dit beaucoup. On sent bien que ce n’est pas pour tout le monde. Avoir les armes pour développer une pensée critique et/ou son pouvoir d’action dans le monde, ça n’est pas donné, il faut le mériter. Si le mérite en principe est une charmante vertu, dans les faits on ne sait pas le mesurer, il s’agit plutôt d’opérer une épuration plus ou moins inconsciente. D’abord, sur la base des nuisances, produites ou non, dans les salles de classe. Partiront en premier les pas-assez-obéissants, les trop-agités, souvent issus de milieux dits défavorisés c’est-à-dire opérants avec des codes jugés incorrects parce que différents de la norme dominante, norme qui considère positivement le silence et la passivité. Bref, ceux-là partent dès le collège en apprentissage, voilà le premier écrémage. Et, quand ils se plaindront de leur condition, il n’y aura qu’à leur tapoter la fesse en disant : « Eh oui, il fallait être sage à l’école mon enfant... »

Arrive ensuite le brevet, sorte d’avant-goût pour préparer l’arrivée du baccalauréat. Puis, le fameux baccalauréat dont on sait pertinemment qu’il n’a plus aucun poids sur le marché du travail, sans parler du fait qu’il ne révèle rien de notre valeur intellectuelle ou savante puisque, rappelons-le, il s’agit de vomir en un temps record les informations dont on s’est gavé la veille en leur donnant les formes impersonnelles attendues par le correcteur. Bref, il doit pourtant avoir son utilité, sinon il ne serait pas. En effet, il en a une, et de taille. Il s’apparente à un passeport qui, si on vous l’attribue, vous permet d’accéder aux études. C’était en tout cas vrai jusqu’à maintenant. Mais de même qu’on renforce le filtrage aux frontières, en instaurant des heures et des points précis pour entrer ou sortir du territoire, 124 exactement, et des critères nouveaux toujours plus compliqués à remplir, on compte durcir encore l’accès au savoir par une sorte de douane qu’on nomme « parcours sup’ » et qui vient remplacer « l’admission post-bac » jugée trop souple.

La sélection, une nécessité ?

Arrive alors le double argument de la fatalité. « L’éducation a un prix, tout le monde ne peut pas en bénéficier, les moyens matériels et humains nécessaires sont incompatibles avec l’état déplorable de nos finances publiques. » Comment et pourquoi est-il déplorable alors qu’en tant que sixième puissance économique, notre PIB se porte fort bien ? Peut-être pourrait-on établir, entre autres, un lien de causalité avec le porte-monnaie de notre PDG préféré, quatrième fortune mondiale. Les 500 premières fortunes de France détiennent actuellement 24 % du PIB contre 6 % il y a 20 ans. Dans une même logique, « on ne peut pas accueillir toute la misère du monde, il n’y a déjà pas assez pour nous » relève d’une mauvaise foi crasse. Un tiers des migrants se retrouve au Liban, au Congo, au Bangladesh, etc. On en dénombre 60 000 000 par an, la France n’en accueille que 10 000. Le coût des détentions en centres de rétention et des obligations à quitter le territoire est, lui, faramineux. D’autant qu’elles sont parfois pratiquées alors même que la personne est à 100 mètres de quitter le territoire, afin de grossir les chiffres mensuels et de se voir gratifiés d’une prime.

La deuxième face de cet argument affirme un manque. Un manque de postes, de places sur le marché du travail. Ce manque sert aussi à justifier la sélection étudiante : « Il n’est pas pertinent de former des gens alors qu’ils ne trouveront pas d’emplois ou seront trop qualifiés pour ceux qu’on leur offre. » Sans même nous attarder sur le caractère aberrant du terme surqualification qui assume sans sourciller qu’il faut apprendre pour servir et pas plus, pourquoi abandonner toute rationalité quand il s’agit d’aborder la question du chômage ? Il n’a rien d’absolu, il est comme le reste, structurel. Si on voulait qu’il ne soit plus, à l’heure de la robotisation et depuis celle de la mécanisation, on aurait légiféré une réduction significative des heures de travail et de l’âge du départ à la retraite. Ainsi, comme le bac, le chômage a une fonction. Il n’est pas rentable d’employer tout le monde, il vaut mieux garder les plus brillants, les plus robustes et les plus serviles à la direction comme à la production. D’autant que la peur du chômage, sorte de trou noir social, ne peut que renforcer la motivation des travailleurs par le sentiment d’être privilégiés, que renforcer leur acharnement à faire preuve des qualités susmentionnées. Dans une même logique, avec l’impression d’avoir accès au confort en étudiant ou en professant à la faculté, on s’y accroche à pleines poignes, se refusant le moindre écart, la moindre critique. Même quand les cours magistraux et les travaux dirigés sont banalisés et qu’on a tout intérêt à se joindre aux nombreuses mobilisations qui vont bon train, on les maintient ou on y assiste.

La sélection, y remédier ou l’assumer !

Ainsi, en dégradant la valeur des diplômes, en compliquant l’entrée dans notre pays comme dans nos universités, en empêchant le trajet direct d’une ligne aérienne donc en forçant la traversée d’océans et de déserts, on n’accorde finalement l’asile et la vie décente qu’à une infime minorité qui, par la sélection naturelle à l’œuvre tout au long du parcours, sera d’une qualité marchande toute désirable et, qui plus est, reconnaissante. Nous sommes bel et bien en marche. En marche vers la libre circulation de la main-d’œuvre et des marchandises mais ni de l’humain ni des savoirs. Et cet état de fait n’est pas le fruit d’un manichéisme, le mal d’un côté et le bien de l’autre n’existent qu’en fiction. Dans la réalité, la responsabilité est partagée. La transcendance étant tout aussi illusoire que la séparation binaire du bien et mal, la neutralité est impossible, personne ne s’extrait jamais de la politique. Alors soit on la freine ou l’annule par l’opposition, soit on la renforce par le soutien soit on y consent par l’inaction. Avec un panel infini de nuances, je vous l’accorde, mais l’urgence n’est pas au bavardage. Pour le premier du mois prochain, pas de poisson d’avril, c’est la fin de la trêve hivernale et à Limoges 30 familles qui dormaient jusqu’à présent à l’hôtel seront mises à la rue. Alors, même confortablement installés, la conscience nettoyée par quelques acrobaties mentales, nous vous demandons de vous regarder véritablement et de cesser de vous faire complices, à moins de préférer avec franchise l’eugénisme et votre triomphe parmi les esclaves. De toute façon, pour sauver l’honneur, vous trouverez toujours le moment opportun pour vous rallier à la cause. Mais c’est maintenant qu’on a besoin d’être en nombre alors place à l’action.


P.-S.

Par exemple :

  • Soutenir ou intégrer le collectif Chabatz d’Entrar
  • Participer aux différentes assemblées générales de lutte
  • Se mobiliser dans les manifestations

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