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Bussière-Boffy : la mare, le maire et les communaux

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A Bussière-Boffy, dans le nord-ouest de la Haute-Vienne, des habitants du village du Grand Pic passent une bonne partie de leur temps à répondre au harcèlement du maire-délégué qui utilise tout ce qu’il peut pour les agresser continuellement. Cette fois-ci, il s’en prend à des terres communales, mitoyennes des habitants qu’il persécute depuis une bonne dizaine d’années. Le terrain qu’il avait dans un premier temps essayé de transformer en décharge sauvage serait ainsi vendu à l’épouse de son premier adjoint à un prix dérisoire. On se croirait à Levallois-Perret, chez les époux Balkany. Mais bien sûr, il ne s’agit pas de favoritisme et autre conflit d’intérêt mais d’établir une « zone tampon », selon ses dires à un journaliste du Populaire, afin de contenir ce qu’il appelle « l’habitat sauvage ». Là on n’est plus à Levallois mais avec le projet de Trump de construire un mur pour « se protéger » des Mexicains.

Le 3 mars dernier, a eu lieu, à Bussière-Boffy (87), un rassemblement d’habitants. Une cinquantaine de personnes se sont ainsi retrouvées sur la place de l’Eglise, une bonne partie de la journée, afin de protester contre la vente d’un terrain communal, une zone humide abritant des espèces protégées, située sur le hameau du Grand Pic. En fait ce terrain communal est un ancien bien de section que la commune de Bussière-Boffy a annexé, voici une dizaine d’années. Et voici que la commune de Val d’Issoire (regroupement depuis 2016 des communes de Mézière-sur-Issoire et de Bussière-Boffy) vend ce terrain à la femme de l’ancien premier adjoint de Bussière, actuel conseiller municipal de la nouvelle entité communale, au prix défiant toute concurrence de 20 centimes le m2 ! Les voisins de ce terrain, habitants du hameau du Grand Pic et dont certains en sont mitoyens, ont fait plusieurs propositions d’achat de ce bien privé de la commune afin qu’il redevienne un bien commun du village. Il y a eu trois offres d’achat. Toutes ont été ignorées, c’est-à-dire que M. Barrière, le maire délégué, n’a même pas pris la peine de répondre à ses administrés. Mais M. Barrière est en accord avec la politique qu’il a instituée, à savoir de vendre les terrains communaux à ses amis.

Privatisation de l’espace commun

Au-delà de ce que cela peut signifier sur le plan politique, dans un premier temps, il y a lieu d’être inquiet pour le devenir de cette zone humide, sur le plan écologique, celui de la biodiversité. En effet, en 2014, M. Barrière, encore maire de la commune, avait déclaré que cette zone humide était insalubre. Le 25 août 2014, il avait adressé un courrier au service « Eaux, forêt, environnement » de la direction départementale des territoires (DDT) de la Haute-Vienne, dans lequel il décrit cette zone comme un « marigot rempli d’eau croupie et nauséabonde ». Il a ensuite tenté de combler cette mare avec des gravats, des morceaux de plastique et de goudron. Cette opération a échoué du fait de la mobilisation des voisins qui se sont interposés et ont dû faire une barricade pour empêcher au camion-benne d’accéder à la zone. Une partie des déchets est encore visible sur place. Les voisins ont alors contacté le GMHL (Groupe mammalogique et herpétologique du Limousin) qui a classé cette marre « zone humide » et y a trouvé des espèces protégées comme la rainette verte arboricole.
Cette situation nouvelle a amené Barrière à reculer sur son projet de « réduire » la zone qu’il avait déclaré « insalubre » mais il contre-attaque aussitôt, comme à son habitude en décidant de vendre ce terrain à Chantal Marchadier-Bissirier, la femme de son ami, déclarée officiellement comme éleveuse de « buffles et autres bovins » (!). Il s’agit pour lui d’en enlever l’usage aux habitants du Grand Pic comme le laisse supposer ses déclarations à un journaliste du Populaire à qui il a dit vouloir « créer une zone tampon avec les habitats sauvages du hameau du Grand Pic ». C’est assez étrange de voir un maire parler de la sorte à propos de certains habitants de sa commune. On se croirait revenu au temps des guerres coloniales. En fait il s’agit pour lui de privatiser un espace commun.
Virage à 180°, Barrière se pose maintenant en défenseur de la nature. A une de ses administrées qui lui demandait quelle garantie donnait-il par rapport à la privatisation de cette zone quant à la protection des espèces qui y vivaient, il lui répond dans un courriel daté du 22 février, où il affirme que les observations du Groupe mammalogique ont été intégrées à l’acte notarié par rapport à la vente du terrain et que le Conservatoire régional des espaces naturels sera associé à la gestion de cet espace. Et voici Barrière en grand défenseur de la nature. En 2009, il militait pour la construction d’un barreau autoroutier reliant Niort à Limoges, s’intégrant dans un projet plus vaste reliant Nantes à la Méditerranée et devant passer à proximité de Bussière. Il avait alors pris la présidence de l’association qui faisait la promotion de ce projet. C’était une chimère de plus pour des territoires se sentant abandonnés et mis à l’écart du « progrès » depuis toujours mais quand on sait ce que signifie la construction d’une autoroute en terme de protection de la nature, on peut deviner où se situe Barrière.

Établir une zone tampon

A présent, Barrière est un grand amoureux de la nature et il répond à son administrée pour la rassurer et lui dire que cette zone est en cours de classement comme zone naturelle dans le Plan local d’urbanisme intercommunal (PLUI) en préparation. Ce qui signifie qu’il va utiliser ce dispositif de protection de la nature comme une arme pour faire expulser celles et ceux qui vivent en habitat léger sur des terrains limitrophes de la marre et faire condamner les propriétaires qui leurs donnent l’hospitalité.
Barrière n’a pas non plus dit pourquoi il privatisait cet espace commun. Quelle est la raison de la vente d’un terrain qui n’a aucune valeur agricole mais un intérêt écologique certain et qui concerne l’ensemble de la planète, si on se place du point de vue de la biodiversité ?
Ce qui amène à poser une autre hypothèse : on est bien dans un nouvel épisode de la lutte menée par Barrière contre l’habitat léger (le maire est déjà connu pour avoir poursuivi et harcelé des habitants du village qui vivaient en yourtes) [1] . En effet, il a fait la proposition, par trois fois, à un des habitants du Grand Pic qui prête du terrain aux habitants vivant dans des roulottes ou des camions, d’arrêter la vente s’il amenait ses hôtes à quitter les lieux. Proposition qui a été rejetée à chaque fois et très fermement. La réponse de Barrière au journaliste du Populaire où il déclare vouloir établir une « zone tampon » confirme cette hypothèse.
C’est toujours la même politique qui est en œuvre dans ce nord-ouest de la Haute-Vienne très conservateur, à savoir le « nettoyage » du village de tout ce qui ne rentre pas dans les normes de vie et d’habitation du maire (en fait l’ancien maire) et de son adjoint. Comme à son habitude, Barrière utilise, voire interprète, lois et règlements pour harceler celles et ceux qu’il a défini-e-s comme des ennemis. C’est une dimension vraiment effrayante de ce personnage. Mais ce qui est encore plus effrayant, c’est que l’État le laisse faire, alors que plusieurs fois ses arrêtés ont été annulés par le tribunal administratif et qu’il a même été débouté jusqu’en Cour de cassation par rapport à une procédure qu’il avait engagée contre des habitants qui accueillaient des yourtes sur leur terrain. Et plus que de le laisser faire, l’État l’appuie directement dans cette volonté d’exclusion d’une partie de la population : convocation à la gendarmerie d’un des habitants du Grand Pic, gendarmes équipés de fusil d’assaut lors du rassemblement très pacifique du 3 mars dernier, présence d’une voiture banalisée de la gendarmerie à proximité du Grand Pic alors qu’un hélicoptère survolait la zone à basse altitude.
Des habitants du Grand Pic sont prêts à relancer la négociation avec Barrière mais sur de nouvelles bases. Ils réclament en préalable la mise à disposition d’un hélicoptère accessible à chaque habitant, avec un pilote chevronné et l’installation immédiate du même climat à Bussière-Boffy qu’à Marseille.



Notes

[1Bussière-Boffy. L’acharnement du maire n’a pas eu raison des habitants des yourtes jeudi 14 mai 2009, http://www.oclibertaire.lautre.net/spip.php?article558