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Tulle, 30 mars : 250 personnes contre les violences policières

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Ce jeudi 30 mars, Tulle a fait partie des nombreuses villes de France où s’est tenu un rassemblement pour dénoncer les violences policières et leur accroissement dans le contexte récent, en particulier dans le cadre du mouvement des retraites et du week-end du 25 mars à Sainte-Soline.

Dans un communiqué paru en début de semaine, les Soulèvements de la Terre appelaient à se rassembler devant toutes les préfectures de France à 19h pour dénoncer la violence de la répression actuelle.

Plus de 200 personnes ont répondu à l’appel de « Soulèvements » pour se retrouver sur la place devant la préfecture, au pied de l’immense demeure bourgeoise qui héberge M. Étienne Leplanqué et sa famille. Elles y ont été accueillies par une prise de parole au mégaphone des responsables locaux de la Confédération Paysanne, qui avaient également installé une table avec de quoi grignoter. Ceux-ci ont expliqué en substance qu’ils avaient sauvé les meubles en prenant sur eux de déclarer le rassemblement du soir, mais qu’en revanche celui-ci était bien circonscrit à la place où nous nous trouvions ; et de préciser qu’il nous déconseillaient fortement de nous engager dans la rue Souham (qui mène à l’entrée du public de la préfecture) car la préfecture s’y opposait et ne nous laisserait pas faire. Ils nous ont ensuite expliqué qu’ils avaient obtenu un rendez-vous avec le préfet, auprès de qui ils comptaient porter « nos » (?) revendications ; leur intervention se terminant littéralement par un « appel au calme » bien appuyé, avant de mettre en avant leur générosité grâce à laquelle un mégaphone serait à notre disposition pour nous exprimer, échanger et manger un morceau pendant qu’ils seraient en rendez-vous.

Quelques participants se sont permis de faire remarquer à ce moment-là qu’il était pour le moins inconvenant « d’appeler au calme » des personnes qui se font tirer comme des lapins à longeur de manifestations. Plusieurs prises de paroles s’en sont tout de même suivies, au cours desquelles on a pu entendre notamment la lecture du communiqué des Soulèvements de la Terre en réponse à leur prétendue « dissolution », la lettre des parents de S. toujours entre la vie et la mort, des précisions sur les violences du week-end passé à Sainte-Soline, et d’autres interventions galvanisantes, parmi lesquelles une première invitation à ne pas rester sur place.

Après quoi, alors que les représentants étaient partis représenter, il s’est avéré que l’ambiance « soirée détendue, jets de pétales et petits fours » était loin d’être à la mesure de la colère que beaucoup ressentent dans la situation actuelle. Quelques personnes ont décidé de braver l’interdiction des gentils organisateurs en prenant une banderole et en proposant à l’assemblée présente de partir tout de même en cortège en direction du centre ville. Une quarantaine de personnes a donc commencé à haranguer la foule en entamant une marche ; foule qui est restée circonspecte, certains acceptant l’invitation en hésitant, jusqu’à ce que les animateurs restants décident d’aller parler à ces vilains gosses pour leur expliquer que ça ne servait à rien, qu’il n’y avait rien à faire en ville, et que seule la place où se tenait le rassemblement était dûment autorisée par les dûes autorités.

Fin de la partie. La Conf a approché son système son pour balancer du Damien Saez à pleins tubes histoire de bien invisibiliser cette proposition, les quarante bravaches ont renoncé à embarquer le reste de l’assemblée, et tout le monde est peu à peu parti boire une bière... même après que le bruit a couru que « promis, juré, quand les gars reviendront de la négociation, on est ok pour partir en ville ». Il n’en a rien été, chacun l’aura déjà compris.

* * *

Ce 30 mars à Tulle, certains diront peut-être qu’on a eu la chance de ne voir aucun flic. Mais ce serait faire bien peu d’honneur aux efforts constants des « encadrants » du moment pour que surtout, ce soir-là, rien ne se passe. En ressortant de chez M. Leplanqué, l’animateur du début de soirée a fait savoir qu’il avait bien exprimé « nos » revendication et qu’il espérait qu’elles allaient remonter, ce à quoi son altesse le prefet aura sûrement répondu par mille promesses.

On fait un pari ? Si quelque chose est remonté du premier flic de Corrèze à son gouvernement, c’est qu’il y a encore dans cette ville des gens qui demandent l’autorisation d’exprimer leur colère, qui acceptent de s’asseoir à leur table, et s’occupent même de retenir les foules du bas de la rue pour pas qu’elles ne débordent.

Le mardi 28 mars sur France Inter, le bien nommé Laurent "Berger" montrait sa radicalité en rappelant au gouvernement que si les syndicats ne sont pas là, il devra affronter la rue sans encadrement. C’était le matin du jour où l’intersyndicale a lancé son appel pour une prochaine manif 10 jours plus tard, après qu’elle aura accepté de dialoguer avec a première ministre qui refuse de retirer sa réforme...

Dont acte ! Camarades, syndicalistes ou non, il va falloir sérieusement réfléchir à ce que nous voulons et aux moyens de l’obtenir. Le soutien constant des sections locales de la Confédération Paysanne est indéniablement une force dans l’ensemble du mouvement porté par les Soulèvements de la terre ; mais lorsque les réflexes d’encadrement prennent le dessus et que les responsables locaux acceptent de jouer le jeu des autorités, c’est bien tout le monde qui perd ; et pire : leur complaisance mal assumée avec l’ordre établi attire sur eux une colère qui à la base, s’adresse à l’État et à ses représentants. En attendant, comme le disait un manifestant excédé ce soir-là, nous tendons tous et toutes à nous habituer à voir les nôtres mourir ou ressortir estropiés par la violence répressive. Après la mort de Rémi Fraisse en 2014, Toulouse a connu trois semaines d’émeutes. Aujourd’hui, moins d’une semaine après Sainte-Soline, certains ont comme premier réflexe d’appeler au calme et de s’asseoir à la table des autorités, comme s’il y avait encore quelque chose une quelconque connivence possible avec eux.

Est-ce vraiment cela que nous voulons ? Faut-il rejoindre définitivement celles et ceux qui ne cessent de dénoncer la complaisance et le réformisme crasse des syndicats, ou y a-t-il encore quelque chose à sauver, des bifurcations à prendre, qui permettent qu’autre chose que le même jeu perdant et déprimant se rejoue à chaque fois ? Sans doute, l’avenir nous le dira, et comme on l’entend de plus en plus, ce sera « à chacun de prendre ses responsabilités ».

* * *

Un peu de positif tout de même : malgré cette mémorable opération de capture, les conversations et les expressions de colère et de complicité ont été bon train entre les manifestants. Les grilles du château de M. le préfet étaient recouvertes de banderoles et de panneaux, les cartons étaient nombreux et souvent plein d’humour et de rage. Et puis, se retrouver, pas vus depuis la dernière manif, ah t’étais aussi à Sainte-Soline, ah c’est bien les jeunes qui sont rentrés dans la bataille jeudi dernier, et puis parler de celles et ceux arrêtés suite à la manif du 28, où ça a gazé et cassé un peu, entendre la condamnation à 3 mois ferme de l’un d’entre eux, parmi une dizaine d’autres, et le mépris de la justice, et se répéter encore qu’il ne faut RIEN DIRE EN GARDE A VUE et toujours REFUSER LA COMPARUTION IMMÉDIATE...

Et puis replier cartons et banderoles, aller boire un verre pour se changer les idées et regarder comment ça se passe ailleurs. Avec en bruit de fond, tout de même, le souvenir partagé de ce soir de 2016, pendant les « nuits debouts » tullistes, où une foule bigarrée avait tellement secoué les grilles de la préfecture qu’elle avait réussi à les faire céder et à pénétrer dans le jardin de son altesse pour un moment de fête en fanfare sur ses pelouses.

Il se raconte que ce soir-là, le préfet de l’époque et sa petite famille s’étaient calfeutrés dans leur logement de peur que ces « masses dangereuses » ne viennent vraiment leur demander des comptes. Et certes, il n’y avait alors personne pour les encadrer...

Allez. On est montés. On est remontés. On reviendra, tant qu’il le faudra.

Les Soulèvements du coeur