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C’est quoi être étranger ou étrangère ?

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Samedi 15 septembre, à l’initiative de la Chorale des résistances sociales (CRS), a eu lieu une action place Aimé-Césaire, sur le parvis de la BFM du centre-ville.
Lien non laissé au hasard. Rappelons que ce nom de place est hautement symbolique dans la lutte contre le racisme et la xénophobie.

Partir. Mon cœur bruissait de générosités emphatiques. Partir... j’arriverais lisse et jeune dans ce pays mien et je dirais à ce pays dont le limon entre dans la composition de ma chair : "J’ai longtemps erré et je reviens vers la hideur désertée de vos plaies". Je viendrais à ce pays mien et je lui dirais : "Embrassez-moi sans crainte...Et si je ne sais que parler, c’est pour vous que je parlerai"

Aimé Césaire, Cahier d’un retour au pays natal, éd. Présence africaine poésie, 1939

Bon anniversaire la CRS ! Tous et toutes dans la rue pour chanter, crier notre rage ! Porter nos luttes en se servant du chant comme outil collectif de combat et d’action. Prendre place dans l’espace froid et austère qu’est le parvis de la BFM-centre-ville, prendre place pour faire quelque chose et non « en réponse à » et, bordel, que cela fait du bien ! Les badauds ont découvert un répertoire dénonciateur et offensif dans une ambiance chaleureusement rouge et noire. Les passants et passantes (pas que des personnes allant à la BFM, ouf !) ont été invité.e.s à se questionner sur : « C’est quoi être étranger ou étrangère ? » Ce mode d’action, appelé « porteur de parole », a pour objectif de poser le débat sur la scène publique, d’interroger l’intime, de s’autoriser à réfléchir, à donner sa voix, sa façon de voir la vie. Sans bonne réponse attendue, elles ont toutes été affichées constituant de cette manière une ribambelle de façon de penser (ou panser) la notion d’étranger ou étrangère. A la vue de certains écrits, des personnes ont senti le besoin d’écrire à leur tour soit pour enrichir, soit pour contredire... ainsi est né un débat de rue.

Nous avons donc chanté un répertoire reprenant des chansons telles que Désobéissance civile, Centre de rétention, La bande à Riquiqui, La lega, Tintamarranonyme, Destruysons toutes les prisons. Pendant que certains et certaines donnaient de la voix, d’autres avaient installé une table avec des feuilles blanches et des feutres pour inviter les passants et les passantes, ceux et celles qui attendaient le bus, à donner une réponse à la question suivante : C’est quoi être étranger, étrangère ?

Les réponses étaient ensuite affichées sur un fil formant ainsi une farandole de paroles exprimées. Une vingtaine de réponses ont été recensées. Trois axes se dessinent aisément :

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1. Je me sens étranger ou étrangère
« Je me pose bien la question, surtout à Limoges », « Ne pas être originaire de ce pays », « C’est être d’un autre pays, quand on est touriste », « C’est quitter son pays, ceux qu’on aime, c’est renoncer, c’est quitter sa position d’homme, de femme, d’enfant. C’est une prise de risque insensée. C’est perdre sa liberté, c’est perdre un morceau de sa vie », « C’est vraiment dur, c’est ne pas appartenir au lieu où on se trouve. Ne pas être originaire à ce pays, à cette terre », « Je me sens étranger dans ce monde capitaliste destructif où le fric est plus important que l’amour, la solidarité, la vie », « Quand on n’a pas de travail, d’argent, la guerre est chez soi. Et voilà, qu’est-ce qu’est être étranger ».

2. La notion d’étranger est une richesse ?
« Tout le monde est beau, de toutes les couleurs et de toutes les origines, ma porte est grande ouverte ». « Être étranger c’est de voir des choses de façon différente par rapport aux locaux ». « C’est apporté à l’autre une richesse qu’il n’a pas. Découvrir sa différence et la comprendre ». « Faire vivre la fraternité n’est possible qu’en étant différent les uns des autres. Soyons donc tous des étrangers ». « Être étranger c’est être comme tout le monde ».

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3. Être étranger ou étrangère...une notion aux concepts politiques variés !
« Etre étranger c’est être extérieur au Limousin, à la France, au monde », « C’est être victime d’une frontière », « Étranger, étrangère… ? encore un mot inventé par ces dominants affamés de pouvoir et voulant diviser pour être des rois ! », « C’est la façon de regarder qui créé les étrangers », « Je ne peux pas dire mieux qu’il n’y a pas d’étrangers sur cette terre [ou bien] il n’y a que des étrangers sur cette terre », « Etranger ??? Qu’est-ce que cela signifie ? Peut-être extra-terrestre ? Et encore !? ».

Les personnes ont exprimé une réponse à partir de leur position, leur ressenti, leur vécu. Ces réponses ne se veulent pas être un résultat d’enquête sociologique. Bien sûr la notion d’étranger ou étrangère ne résonne pas de la même manière selon sa trajectoire de vie. Ce qui a été le plus frappant et peut-être le plus déroutant dans le déroulé de cette action, c’est le nombre de personnes qui n’ont pas su donner une réponse. En interpellant les passants et les passantes sur cette notion, c’est ouvrir publiquement un échange sur un thème « tabou ». Depuis plusieurs années, la chasse aux migrant.e.s, la discrimination raciale, la paupérisation des personnes racisées sont des thématiques instrumentalisées par les grands médias. Quand il s’agit de se questionner, de s’interroger personnellement là-dessus, c’est une autre affaire…
Cela a aussi été l’occasion de tracter pour le collectif Chabatz d’Entrar, de rappeler le manque de logement pour les personnes en situation de migration et de les soutenir dans l’ouverture du squat.

Une choriste de la CRS.



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