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Des nouvelles du procès du 4 octobre à Guéret

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Michel passait en procès d’une part pour violence sur une personne détentrice de la puissance publique, en l’occurrence une gendarmette. Les faits remontent au mois de juillet dernier lorsque près de 200 personnes avaient bloqué l’entrée de la gendarmerie de Felletin pour protester contre l’arrestation de Nordeen, un soudanais réfugié à Faux-la-Montagne. Lors du dégagement de la porte, Michel a été accusé par les gendarmes d’avoir bousculé l’une des leurs. D’autre part Michel était également poursuivi pour refus de prélèvement de son ADN.

Dès 11 heures, devant le palais de justice de Guéret l’ambiance était bon enfant comme il est convenu de le dire quand les personnes présentes sont détendues, sont contentes de se retrouver, épluchent les légumes ensemble, mettent en place des panneaux d’information. En plus c’est jour de marché et il y a du monde sur la place et beaucoup de bleus autour. La préfète ne joue pas la détente, elle. Une compagnie de CRS répartie sur les deux côtés de la place avec des barrières anti-émeute bloquant la rue menant à la préfecture.

15 heures : nous entrons dans le palais après tous les contrôles électroniques et visuelles, vigiles de la société Onet (c’est eux qui le disent) et flics malabars, gants de cuir renforcés pour faire mal, plein de matériel sur la poitrine, à la ceinture et un air de porte de prison. Le nombre d’entrants a été fixé par le président à 70 personnes. Beaucoup, donc, ne pourront pas entrer.

Première affaire. Celle d’un prévenu détenu. Il est dans la cage de verre, entouré d’un maton et d’une matonne. En effet, ce ne sont plus les flics qui assurent le transfert et la garde des prévenus mais des matons. Cela étant pas grand-chose ne les distingue. Gros calibre à la ceinture, gilet pare-balles et tout le tintouin. Chronique habituelle de la misère quotidienne. Cas psy traité par la prison et la justice après le rétrécissement du périmètre de la psychiatrie. En revanche, il y a une chose que je vois pour la première fois, c’est la posture du président. Pas de leçon de morale. Il favorise la prise de parole du prévenu. Celui-ci repartira quand même coucher en zonzon avec quelques mois de plus à y passer.

Deux mois avec sursis requis

Michel passe en deuxième. Il a cité deux témoins présents au moment des faits reprochés. La gendarme « victime » est également présente avec des collègues. Elle ne manifeste aucune hargne vis-à-vis de Michel. Elle n’a pas porté plainte et ne s’est pas constitueé partie civile. On devine donc que c’est le parquet qui a mis un certain acharnement à poursuivre. J’apprends à la sortie que le procureur fait de la chasse à cour avec Jean Auclair, un maquignon facho, élu de la Creuse et connu pour ses provocations verbales de gros porc qu’il est. La défense de Michel, on la connaît par les tracts qui ont été diffusés et je ne vais pas revenir dessus. Ce que l’audience nous montre et nous apprend, c’est que, à l’écoute de la victime, il n’y a pas eu violence contre elle. C’est le procureur qui a trituré les procès-verbaux pour envoyer Michel en correctionnel. D’ailleurs, dans son réquisitoire, il dresse avec lourdeur un paysage de violence, de jets de canettes contre les gendarmes, il questionne avec insistance la victime et voudrait que si elle n’a pas eu mal des coups que lui a porté l’agresseur c’est grâce à son gilet pare-balles. Mais la victime ne rentrera à aucun moment dans son jeu et on se demande vraiment la raison de ce procès, et on pense bien sûr à celle et celui qu’on ne voit pas, la préfète (ancienne ingénieur militaire de l’armement) et son secrétaire général (ancien directeur de prison). Malgré cela, le procureur réclame deux mois de prison avec sursis pour des faits qu’il a du mal à faire exister. Pour le refus du prélèvement ADN, Michel défend une position de principe. Il a accepté le fichage photo (face et profil), les prises d’empreintes. Mais avec l’ADN, c’était trop et l’Etat va toujours plus loin dans le fichage. L’avocat a appuyé juridiquement cette position par des arrêts rendus, notamment par la Cour européenne des droits de l’homme (et de la femme). Le procureur a exigé une condamnation. Il a requis une amende mais a insisté pour que chaque fois on exige de Michel qu’il donne son ADN et qu’à la fin on le mette en taule. La défense a demandé la relaxe pour tous ces faits et au cas où le tribunal aurait quand même envie de prononcer une condamnation que Michel ait une dispense de peine. Le jugement a été mis en délibéré jusqu’au 15 novembre.



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