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Comparution immédiate d’un gilet jaune

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Aujourd’hui, lundi 3 avril a eu lieu le jugement en comparution immédiate d’une personne faisant partie des gilets jaunes. Accusé d’obstruction à la circulation et violence sur personne dépositaire de l’autorité public : il a pris part à un blocage de l’autoroute. Samedi, les gilets jaunes qui bloquent le rond point de Family Village sont repoussés par la police qui assure le chiffre d’affaires de la zone commerciale et ils rejoignent donc un autre rond-point à la sortie de l’A 20, bloqué lui aussi. Plus tard, une partie des manifestants décident de bloquer l’autoroute avec des palettes. Chargés et gazés par la police, il se fait arrêté et, comme toujours, les policiers deviennent les victimes et disent que la personne arrêtée leur a lancé une palette (projectile très pratique...). Les gilets jaunes présents démentent et ont même des vidéos... Quand on connaît l’habitude de la police à utiliser le mensonge pour arrondir les fins de mois avec des outrages ou quand ils ont été particulièrement violents, on ne peut que légitimement douter de leur parole.

La salle est pleine de soutiens, on sent que des liens de solidarité se sont créés autour du rond-point et que la répression ne va pas les affaiblir. Les flics sont en masse aussi, le corporatisme marche toujours à fond.

La juge étale devant tout le monde la vie privée et le passé judiciaire du gilet jaune, alors même que les faits relatés sont passés depuis longtemps et que l’accusé explique qu’il a « payé sa dette ». L’avocat de la défense commence donc par demander l’annulation de l’accusation puisqu’il y a eu un vice de procédure : la personne arrêtée est sous tutelle et le tuteur n’a pas été prévenu. La juge rejette rapidement la demande mais ne peut juger les faits sans un examen médical du fait de la tutelle. Elle énonce donc les trois possibilités en attente du jugement : liberté, contrôle judiciaire (pointage, restrictions diverses...) ou mise en détention provisoire. Le procureur nous fait alors le plaisir d’une longue plaidoirie pour enfermer l’accusé, allant même jusqu’à citer Jaurès. Lui qui gagne plusieurs milliers d’euros et qui travaille à enfermer les pauvres nous explique, ou plutôt explique à la juge, combien l’accusé, au RSA, n’a pas la légitimité d’être en colère et qu’il ne représente pas les gilets jaunes. Selon lui il ne faudrait pas voir dans l’accusé « l’avant-garde du prolétariat ». Pire, il leur ferait honte puisque la violence dénoncée par la police serait due au fait que l’accusé a consommé des stupéfiants : il avait fumé un joint... Face au ridicule de la scène on dirait surtout que le procureur fait le procès des émeutes qui commencent à se répandre partout en France et montre son plus grand mépris pour les personnes qui osent se révolter face à leur condition.

Et non, la personne accusée ne fait pas honte au mouvement des gilets jaunes. Comme il l’explique, il a 280 euros par mois pour vivre et les problèmes qu’il a dû rencontrer dans la vie ce n’est pas le procureur qui a du y faire face. Comme souvent les comparutions immédiates sont le reflet de la justice de classe. Aujourd’hui il s’agissait d’une personne de plus criminalisée pour avoir fait partie d’un mouvement social et qui a voulu utiliser les moyens à sa disposition pour imposer un rapport de force. Elle avait le malheur d’être trop pauvre pour mériter autre chose que le mépris du procureur.

Finalement, et malgré tous les efforts du procureur, la personne ressortira avec un contrôle judiciaire (pointage), une expertise psychiatrique et un procès le 10 janvier à 14 h 30. Le contrôle judiciaire est un moyen de garder la pression alors même que le dossier semble vide. Soyons nombreux pour lui apporter notre soutien.

Rien n’a changé mais tout commence... [1]