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Le déconfinement n’aura pas lieu

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2 mai 2020, jour 47 du confinement : sur les bords de routes et de voies ferrées, murs et transformateurs commencent à se couvrir de messages peints ou collés, cependant que des textes continuent de sortir ici ou là pour tenter d’analyser la situation et d’y reprendre prise. Ci-dessous un texte « représentatif » de la question, diffusé les 1er et 2 mai sur le plateau, suivi d’une série de messages trouvés sur différents supports, puis d’un « journal mural » en version téléchargeable.

I. Texte : le déconfinement n’aura pas lieu

Sous le régime de confinement décrété par le gouvernement français en réponse à la pandémie du coronavirus SRAS-CoV-2, nous nous réunissons pour dire et montrer notre volonté et notre capacité à mener une vie riche et combative dans cette époque de peur, de confusion et de suspicion généralisée.
Nous sommes réunis, en assumant l’illégalité de notre geste. Il n’est pas question de nier la réalité du risque épidémique, mais de choisir nous-mêmes la meilleure façon d’y faire face. Nous refusons de confier notre survie aux recommandations d’un État et d’un système qui ont montré de toutes les manières possibles combien ils étaient plus attachés à leur propre survie qu’à celle d’une population qu’ils envoient tous les jours au chagrin.

Nous savons que le confinement général n’a pas eu lieu.

Nous savons les milliers de gens qui ont été contraints de poursuivre le travail dans des secteurs pourtant loin d’être essentiels, des chantiers navals et militaires de Saint-Nazaire aux entrepôts d’Amazon.
Nous savons les caissières contaminées ou mortes de la légèreté de leurs patrons, les soignants et soignantes contaminées ou mortes de la légèreté de leur autorité de tutelle, et encore tous ceux blessés ou morts de la violence des flics qui contrôlaient la légitimité de leur présence dans l’espace public. Des banlieues aux campagnes, la brutalité de l’État n’a pas connu le confinement et s’est, elle, répandue de manière virale.
Nous savons aussi la violence sourde que recèlent des injonctions impossibles à tenir dans les quartiers où se confiner signifie s’enfermer à cinq dans trente mètres carrés, violence ayant suscité nombre de légitimes révoltes. Quand le pouvoir invoque « l’état de nécessité » pour maintenir ces activités de production et de surveillance, il s’agit bien de ce qui s’avère nécessaire à sa propre sauvegarde.
Si nous avons vécu la peur d’une maladie mortelle et l’enfermement physique et psychique qu’elle semblait exiger, nous avons choisi et appris de nous-mêmes comment nous protéger. Chacun.e de nous a pu passer par des doutes, des hésitations et des craintes à l’égard d’une menace dont l’incertitude se voyait redoublée par son invisibilité première. Les discours de peur et de culpabilisation assénés par l’État et les autorités médicales nous ont aussi atteints et divisés, mettant parfois à mal nos propres solidarités jusqu’à entraîner jugements et défiance parmi nous. Cependant, comme d’autres, nous nous sommes renseignés, nous avons demandé conseil à des ami.e.s et des soignant.e.s, et nous avons construit, pas à pas, des positions qui nous semblaient tenables, pour faire face à la pandémie et continuer à vivre. Ces positions évoluent et s’ajustent sans cesse, à mesure que nous découvrons ensemble nos limites et nos faiblesses, et que nous faisons le constat, après plus d’un mois, de l’absence de la maladie à nos côtés.
Nous avons continué ou recommencé, dans une semi-clandestinité imposée, à boire un apéro, partager un repas, participer à des chantiers collectifs, fréquenter les marchés, prendre la route pour rendre visite à nos amis ou nos amours, parcourir les forêts et les rivages... Car si nécessité il y a, telle est la nôtre.
Nous constatons en revanche la présence toujours plus intrusive, toujours plus autoritaire, de l’État et de ses appareils humains ou techniques. Au fil des semaines, il est devenu clair que la menace pandémique était un formidable prétexte à la radicalisation des systèmes de contrôle et d’asservissement des populations ; que le choix du confinement, loin d’être une réponse efficace et réfléchie au risque contagieux, était le choix brutal d’un véritable « coup d’État sanitaire » balayant ainsi les dernières illusions des régimes démocratiques.

Le confinement général n’a donc pas eu lieu, pas plus que n’aura lieu un quelconque déconfinement

Nous n’attendons pas le « monde d’après », il est déjà là, et ressemble à s’y méprendre à celui « d’avant ».
Ce qui se profile n’est rien d’autre qu’un mot d’ordre pour la remise au travail et en marche de la machine économique, celle-là même qui a créé le Covid-19 par la destruction du vivant, et qui le propage par la mondialisation des flux. Dans le même temps, en interdisant les rassemblements dans l’espace public comme privé, c‘est toute vie affective et politique que l’on cherche à étouffer.
Nous ne laisserons pas le monde se refermer sur nous comme un piège. Il nous faut dès à présent refuser l’offensive technologique qui s’avance, inhumaine et insupportable d’un monde « sans contact ».
L’une d’entre nous disait ces derniers jours : « Je ne sais pas si je vais mourir du coronavirus, mais il est hors de question que je me laisse mourir de chagrin. »

Depuis les confins de la Montagne limousine, printemps 2020

II. Messages grapillés au hasard d’un déplacement de première nécessité

Près de la gare d’Eymoutiers :

« COVID 1984 Plutôt la vie » (en petit : « Macronavirus tu divagues on fait la planche »)

Sortie d’Eymoutiers vers Limoges

« COVID 19 = Nouvelle arme à létalité réduite »

Transformateur dans le centre de Linards

(Extrait de Surveiller et Punir, de Michel Foucault)

Transformateur sur la commune de Nedde

« La vie sauve / Ni oubli ni pardon »

Rampe en béton à proximité d’Eymoutiers #1

« 1962 : "Je vous ai compris" - 2020 : "Je vous ai confits" »

Rampe en béton à proximité d’Eymoutiers #2

(Difficile à lire) « [...] confinement déborderez rdv 16/05/20 »

Un peu plus loin sur la droite

« Bienvenue en zone jaune »

Un rond-point à la sortie d’Ussel

« Macronavirus à quand la fin »

Sur les murs de Faux-la-Montagne le 1er mai

III. Journal mural

Il peut être affiché et téléchargé en cliquant ici



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