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Gilets jaunes acte IX à Limoges, récit à chaud

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Samedi 12 janvier l’acte IX s’est déroulé à Limoges avec une énergie et une spontanéité collective qui nous change des manifs inoffensives. Retour subjectif sur cette journée.

Entre 150 et 200 personnes se rassemblent sur le parking du Casino de Casseaux à partir de 13 heures. Pas mal de gens sont maquillés en soutien aux victimes de violences policières. Un premier mot est lancé pour rejoindre un deuxième groupe de GJ à France 3 en voiture : ça ne déclenche pas beaucoup d’enthousiasme. Ça discute et rapidement 2 groupes se motivent : pendant que les premiers rejoignent le nord de Limoges pour récupérer l’autre cortège, on part à une bonne centaine pour bloquer le carrefour des Casseaux. Les entrées de l’autoroute sont bloquées et un barrage filtrant se met en place à la sortie pendant plus d’une heure qui doit faire un gros bordel sur l’autoroute. Joyeuse ambiance avec un fond sonore spécial gilets jaunes.


Même la police bloque !

On part ensuite vers la gare en prenant des raccourcis pour semer la police. On essaie de monter sur la passerelle de la gare routière, les flics harnachés en anti-émeute bloquent, ils se font copieusement huer. On remonte devant la gare, et on fait un arrêt face à la police suréquipée qui en barre l’accès, petit moment d’invectives face à des flics placides, sûrement content de leur nouvelle prime. Entre deux « Macron démission », « Tous ensemble », des « Police partout, justice nulle part » fusent. Et même un « Tout le monde déteste la police », bien repris. Un fumigène jaune colore la scène.

Ça repart vers le centre-ville. Le long du champ de juillet un camion de flic tente d’accélérer pour prendre la tête de la manif alors qu’on passe notre temps à vouloir les esquiver ! Le camion est bloqué et un peu bousculé, la pilote arrête son passage en force mais ouvre quand même sa fenêtre pour insulter un manifestant : « Connard ! »... On arrive devant le tribunal administratif avec une partie de la manif qui chante « De l’air, de l’air, ouvrez les frontières ! » Une petite prise de parole permet de rappeler que dans ce lieu des gens bien au chaud font leur sale travail contre des migrants.

Dans la joie on rejoint l’autre moitié de cortège place Jourdan et on se dirige ensemble carrefour Tourny. Certains ont des velléités de faire un tour aux Galeries Lafayette mais les robocops sont déjà là. On prend le boulevard Carnot, des flics nous précèdent et, ça devient une habitude, on s’engouffre sous le porche qui rejoint la place de la République et là on atteint les Galeries par derrière, par surprise, qui baisse vite ses volets. Malgré les efforts de certains qui ont réussi à bloquer un volet, l’hésitation de la manif laisse le temps aux flics cagoulés de débarquer et de gazer. Il en aurait fallut de peu pour que nous puissions occuper... Une bourgeoise qui sort s’offusque de la manif : « Non mais c’est ça la France ? », bienvenue dans la vraie vie.

On poursuit vers le centre-ville en tournicotant selon les barrages de police. Le jeu est de semer les voitures de police et les motards qui essaient de nous précéder. On gueule et on s’amuse au milieu des gens qui font les soldes, petit moment de rupture dans la frénésie consommatrice, entre sympathie et ébahissement. On doit être près de 400 à ce moment-là. On continue le jeu du chat et de la souris dans les rues et ruelles de l’hyper-centre et par un grand et subtil détour on arrive devant la mairie. Pose et face à face avec les CRS en tenue, LBD à la main.

On sent la tension monter.

Mais face aux flics et leurs armes qui mutilent, on leur laisse la mairie et Lombertie et on les fait courir et hop ! Un nouveau départ à travers les rues de l’hyper-centre

On finit par arriver place d’Aine devant le palais de justice. Là on immortalise une photo de la famille Jaune sur les marches. Une Marseillaise est lancée, la seule de la journée, les paroles sont confuses, on voit bien que pas grand monde les connaît, mais le refrain « Aux armes citoyens » est bien repris en chœur...

Nouveau départ et là, heureuse surprise, décision est prise d’aller devant la prison. Cris, gestes de saluts, de solidarité, des cris « Macron en prison », « Courage » et un « Pierre par pierre, mur par mur, détruisons toutes les prisons » s’élèvent.

Après les saluts échangés avec les prisonniers, on redescend, place Denis-Dussoubs, on snobe la préfecture ultra-barricadée, on rejoint à nouveau le carrefour Tourny. Nouvelle pose, on s’assoit, discute de la suite. Puis on redescend, au carrefour Jourdan, on surprend une fois de plus la police en bifurquant à nouveau vers la gare à bonne allure. Et là on voit au loin les gyrophares des voitures de flics venues du Champ de Juillet qui foncent à toute vitesse vers la gare pour nous précéder. On décide alors de rebrousser chemin, riant, contents du tour qu’on leur a joué, les laissant seuls à leur frustration. On reprend l’avenue Jean-Gagnant, jusqu’aux Casseaux, un petit groupe veut à nouveau bloquer le carrefour mais on commence à être moins nombreux et tout le monde se retrouve au point de départ, sur le parking du Casino. Il est 17 h 15, ça fait trois heures et demie de manif très déterminée, dans la bonne humeur, sans incident notable malgré les robocops sans cesse à nos trousses.

Sans parcours déposé c’est l’intelligence collective et la spontanéité qui nous ont permis de ne pas être trop prévisibles mais surtout de se sentir libres. A chaque carrefour une personne pouvait proposer un lieu où se rendre, suivie ou pas, c’est aussi ça la démocratie directe dans une manif. Seul bémol, nous avons toujours trouvé porte close vers les lieux que nous avons voulu visiter, politiques ou marchands, espérons que la prochaine fois nous arriverons à déjouer la police et ouvrir (ou occuper) des lieux inattendus.

A bientôt pour l’acte X.