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L’acte XXII à Toulouse asphyxié

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De partout des gilets jaunes ont convergé vers Toulouse pour l’acte XXII le samedi 13 avril. Beaucoup de monde était au rendez-vous à ce rendez-vous national mais il est difficile de savoir exactement combien tellement les différents cortèges ont été divisés et gazés du début à la fin de la journée. Nous étions quand même sûrement entre six et dix mille manifestant·e·s, mais surtout extrêmement motivé·e·s malgré la violence policière incessante. En effet nous n’étions pas les seuls motivés : la police était aussi là en nombre et bien décidée à empêcher toute contestation, toute expression. Alors que Macron veut nous faire de belles annonces la moindre manifestation est maintenant sauvagement réprimée. Ainsi même le Syndicat National des Journalistes a publié un communiqué sur le droit de manifester "piétiné" à Toulouse :

La plus élémentaire des libertés que se doit de garantir toute démocratie digne de ce nom est bien celle de pouvoir manifester. Or hier à Toulouse, les deux manifestations prévues, dont une au moins déclarée en bonne et due forme en préfecture, n’ont pu se dérouler normalement, tout simplement !

Dès 12h30, une première attaque massive et violente des forces de l’ordre a ainsi interdit tout début de formation de cortège des Gilets Jaunes, qui avaient choisi Toulouse comme point de ralliement national. Et moins d’une heure plus tard, c’est la manifestation appelée par plusieurs organisations nationales (LDH, FSU, CGT, Solidaires…) qui a de la même façon été tuée dans l’oeuf, alors même que ce second cortège avait pour mot d’ordre la défense de la liberté de manifester… [1]

Au vu du silence médiatique et à l’autoritarisme qui s’installe tranquillement, il semble important de témoigner de cette manifestation. Les multiples cortèges font que notre déambulation et son récit sont très partiels, espérons que cela soit complété par d’autres.

A notre arrivée à 13h30 au point de rendez-vous les lacrymos ont déjà commencé à pleuvoir depuis 1h sur les personnes à l’heure au premier rendez-vous. Au moins deux cortèges sont nassés plus loin. On entend les grenades exploser et on voit les nuages de gaz mais impossible de rejoindre nos compagnon·ne·s. Plusieurs cortèges de centaines de personnes tentent des parcours improvisés et détournés par des petites rues du centre pour rejoindre les enfermé·e·es dans le dispositif policier. Mais à chaque détour la BAC ou une brigade de CRS finit par bloquer et gazer sans ménagement. L’ambiance est étonnante, malgré la violence policière constante il n’y a pas ou peu de réponse de notre côté, les cortèges finissent disloqués puis tout le monde retourne au point de rendez-vous initial en groupes plus ou moins gros. Retour au point de départ donc. Les blindés sont également arrivés, des GJ en fauteuil leur font face.

Moment de flottement, où aller, que faire ? Lorsque des camions de gendarmes mobiles tentent de traverser la foule agglutinée au point de rendez-vous ils se font bien sûr un peu bloquer, ils manquent alors d’écraser quelqu’un et finissent par gazer sur la seule place relativement tranquille aux alentours. Cela aura au moins le mérite de provoquer un mouvement massif et enfin un cortège large dans les rues commerçantes. Un autre cortège nous rejoint également et à ce moment nous sommes des milliers à chanter et crier pendant au moins une heure et demie. Au classique "Emmanuel Macron, ho tête de con, on vient te chercher chez toi" s’ajoute des "ha, anti, anticapitalistes" ou le nouveau tube GJ : « On est là, on est là ! Même si Macron ne le veut pas, nous on est là ! Pour l’honneur des travailleurs et pour un monde meilleur ! Même si Macron ne le veut pas, nous on est là ! » La batucada résonne, un open mic s’agite, des guitares mettent l’ambiance ... mais nous sommes coincés d’un bout à l’autre de la rue.

La manifestation fini par se remettre en route, direction le point de départ, seule route accessible, il est déjà près de 17h. Quelques tags commencent à apparaître. Il s’agira du seul moment où les personnes ont pu s’exprimer tranquillement puisque dès que la manifestation s’élance sur un boulevard, elle est chargée avec gaz, canon à eau et grenades de désencerclement. Divisés, un cortège est repoussé vers le canal, alors qu’une grande partie des personnes crient "Pas vers le canal !". On déambule sans trop savoir où aller, une ou deux vitrines tombent (une agence de crédit et une d’immobilier) et les flics multiplient les charges avec de moins en moins de monde. Retour au point de départ.

La place a visiblement été massivement gazée elle aussi, des palets sont même en train d’enfumer l’hôtel de luxe voisin. Les personnes qui se rejoignent et étaient sur place tentent donc de partir à nouveau en cortège. Les pubs tombent et des tags fleurissent, rivalisant d’imagination : "Gilet au bout de mes rêves"... Mais au bout du boulevard, c’est un piège géant qui nous attend. Les flics bouchent toutes les issues et gazent la place à ne plus y voir. Impossible de sortir et les flics nous repoussent dans les gaz, impassibles ils resserrent la nasse et nous poussent malgré les personnes en détresse. Ils vident les cages d’escalier où les personnes s’abritent pour que tout le monde subissent au maximum. Le canon à eau tire sur les gens qui s’approchent des flics ou qui s’abritent un peu. Les palets recouvrent littéralement le sol. Une issue est forcée par un mouvement massif et le canon à eau tire dans le dos des gens qui se sauvent. Il finira par être bloqué avec une roue dans une bouche d’égout en traversant le terre plein. Petite victoire face au déchaînement de violence que nous avons subi. Il ne s’agissait pas de protéger quelque bien matériel que ce soit mais juste de punir le plus violemment possible les personnes qui osent continuer à manifester. Un flic le dit d’ailleurs en nous repoussant dans les gaz : "Vous n’aviez qu’à partir avant".


Les gens retrouvent de l’air et on arrive à se sauver avant qu’une nouvelle nasse ne se referme. Nous entendons parler d’un cortège qui s’est fait coincer sous un pont et asphyxier avec les gaz dans un milieu semi-fermé. La BAC tirait d’en haut en rigolant... Les récits se multiplient mais tous ont en commun gaz et violence policière. Les nouvelles arrivent : il y a déjà au moins 20 arrestations, la justice va continuer le sale travail de la police. [2] Il y aurait au moins deux blessé·e·s graves. Retour au point de départ, lui aussi, ça devient tristement habituel, sous les gaz.

Plus tard dans la soirée ce sera même la place du Capitole qui finira sous les gaz, à croire que les flics se croient dans un mauvais jeu vidéo avec munitions illimitées. Malgré tout, les manifestant·e·s qui avaient la possibilité physique de rester sont revenu·e·s sans cesse et ont maintenu l’ambiance. Notre détermination reste forte et c’est bien notre puissance face à leurs armes.



Notes

[2Au total il y aura plus de 40 interpellations et les premières personnes accusées d’avoir dissimulé leur visage grâce à la nouvelle loi anti-casseur. Pourtant, sans se protéger des gaz avec au minimum une écharpe, manifester ce samedi était extrêmement risqué.