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Gilets Jaunes : on ne se révolte pas pour des prunes !

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L’ampleur des violences policières que subissent les gilets jaunes lors de leurs manifestations a finie par être connue de tous. Mais cette répression sévère, incontournable pour quiconque a l’audace de se rendre sur place, ne représente qu’une partie des coups que prennent les GJ et leurs groupes. En discutant sur les ronds-points ou dans les assemblées, en suivant les nouvelles sur les réseaux sociaux, on ne peut qu’être frappé par la quantité de personnes ayant eu à subir une répression individualisée, parfois tout aussi violente, qui vise autant à intimider qu’à frapper au portefeuille ou au moral.

Légère modification au 29/05/19 : l’adresse web vers la campagne de dons pour la caravane (en fin d’article) a dû être modifiée. Merci à tous ceux qui ont relayé cette campagne de faire circuler la nouvelle adresse.

Pour des exemples vraiment frappants, on pourrait citer l’histoire de ce gilet jaune à qui la garde de ses enfants a été retirée après une perquisition de son appartement, en répression indirecte de ses activités ; ou de cet autre (comme plusieurs centaines apparemment) qui s’est fait empêcher par la BAC de prendre un train pour Paris le 1er mai, agression physique et menottes à l’appui, sans qu’il n’y ait contre lui rien d’illégal ; ou de ce troisième, qui fera penser aussi à tant d’autres, qui dort en prison depuis son contrôle dans les rues de Toulouse un jour de manif il y a quatre mois, sans qu’aucun élément matériel n’existe contre lui. Ces histoires sont trop méconnues malgré leur gravité, même si quelques personnes et sites internet s’en font l’écho.

Mais nous voudrions pour l’heure nous arrêter sur une forme de harcèlement tout aussi peu relayée, bien que tout aussi connue des gilets jaunes, dont le peu de publicité tient sans doute au fait qu’elles n’impliquent souvent aucun procès. Nous parlons bien sûr des milliers de contraventions individuelles distribuées sous divers prétextes à l’occasion de la révolte en cours (d’ailleurs bien plus souvent autour des ronds-points qu’à Paris). Des prunes, donc, par milliers, par dizaines de milliers peut-être – saura-t-on jamais ? L’État sans doute le sait, qui use et abuse de ces petites punitions quotidiennes pour appauvrir encore, et intimider sans vergogne, les gilets jaunes qui osent encore se montrer et intervenir dans l’espace public.

Des prunes pour les piétons, comme celles massivement dégainées autour des manifs, ou celles utilisées pour punir la « diffe » à l’entrée des ronds-points (distribution de tracts aux conducteurs sans blocage de la circulation), qualifiées en ralentissement de la circulation, quand ce n’est pas en non-respect d’un arrêté préfectoral interdisant la diffusion de documents dans la rue (comme ce fut le cas en Corrèze).
Des prunes pour les bagnoles, punissant le moindre arrêt sur un trottoir aux abords d’un lieu d’action, l’absence de clignotant en quittant le stationnement au milieu d’une route déserte, l’ « usage abusif de l’avertisseur sonore », ou les opérations escargot (vitesse inférieure au minimum autorisé).
Des prunes, désormais, pour les caravanes : c’est la petite histoire avec laquelle nous voulons illustrer ces lignes. Elle parle d’un gros poussin roulant de 749kg, dont la circulation sur les routes du Limousin entre le 3 et le 8 mai a déjà fait l’objet de cinq contraventions, pour un total de 285€ et 3 points.
Une histoire qui parle aussi de ne pas se laisser faire, ni maintenant ni demain.

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Commençons par le commencement : face à l’agressivité et au zèle des pandores voulant empêcher toute reprise de ronds-points, les gilets jaunes de la montagne limousine ont eu l’idée de peindre une caravane en jaune et chrome et d’y poser quelques tags bien choisis. Remplie de documentation, de banderoles, d’un peu de mobilier et d’un petit barnum, la « Caravane du Peuple » a été pensée pour mener des interventions express n’importe où : si on peut la garer quelque part, on déploie un espace de rencontre et d’action ; si on se fait dégager, on circule sur les routes en continuant à faire de la pub pour les GJ…
La caravane a fait plusieurs sorties depuis le 2 mai, deuxième jour des « Jours Jaunes » en Limousin. Une sortie à Eymoutiers pour la foire. Une autre à Ussel le 3, pour appuyer une reprise de rond-point avec les GJ de La 23. Un retour à Eymoutiers le 4, à l’occasion du marché et d’une soirée festive. Une sortie au Mont Gargan le 8, pour le rassemblement régional des GJ « Résistants ». Et une sortie à Limoges le 11, pour soutenir les Gilets Jaunes Unis 87 dans leur action de reprise du rond-point de Grossereix.

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Or à la date du samedi 18 mai, pas moins de cinq contraventions ont été reçues concernant seulement deux des sorties mentionnées.
Trois relevées à Ussel :

  • usage abusif de l’avertisseur sonore, 22€ (réduit) / 35€ (standard) / 75€ (majoré).
  • arrêt dangereux de véhicule, 135€ / 375€, 3 points.
  • circulation en-dehors de la chaussée, 90€ / 135€ / 375€.

Deux au Mont Gargan :

  • stationnement interdit par un règlement de police, 35€ / 75€ (pour la caravane)
  • stationnement interdit par un règlement de police, 35€ / 75€ (pour le véhicule tracteur)

Ajoutons qu’à Limoges, les policiers municipaux ont menacé le conducteur de le verbaliser, et ont ajouté, après qu’il ait accepté de retirer la caravane des abords du rond-point : « vous verrez bien si vous recevez quelque chose ».
Ajoutons aussi que ni à Ussel, ni au Mont Gargan, les gendarmes ou policiers n’ont utilisé ces menaces : à Ussel, ils ont simplement relevé l’immatriculation du véhicule depuis le bord de la route, et au Mont Gargan, échangé quelques mots anodins sans évoquer la moindre prune.
Précisons que les deux contraventions à 135€ dressées à Ussel sont datées de la même heure et de la même minute : les gendarmes reprochent donc au conducteur d’être au même moment à l’arrêt et en train de circuler en-dehors de la chaussée. Si seulement les gilets jaunes avaient ce don d’ubiquité ! Cette contradiction ridicule sera portée devant les tribunaux.
Relevons enfin que les gendarmes envoyés au Mont Gargan se sont payés le luxe de verbaliser le véhicule tracteur et la caravane !

Conclusion : ne nous laissons pas intimider par un État qui s’affranchit de toute mesure ! Quand a-t-on vu des invités à un mariage se prendre des prunes pour leurs coups de klaxon abusifs ? Quel conducteur arrêté sur le bas-côté pour demander son chemin s’est vu reprocher une « circulation en-dehors de la chaussée » ? Quel vendeur de pizzas a reçu un manche sans préavis pour avoir posé son camion sur un trottoir ? Cette répression est zélée et sélective, elle fait certainement suite à des ordres précis et ciblés. Il nous reste à faire ce qu’il faut pour ne pas nous laisser pourrir la vie.

Nous pourrions ainsi poser qu’il y aura désormais d’un côté les infractions que l’on peut éviter, et de l’autre, les contredanses dont on se contrefiche. Et entre les deux, les infractions que l’on est prêt à commettre en faisant « en même temps » (ha ha) ce qu’il faut pour qu’elles ne soient pas suivies de contraventions.
Nous pourrions par exemple refuser de décliner notre identité à tout individu malveillant, surtout s’il a un képi, qui chercherait à nous contrôler parce que notre présence en gilet jaune le dérange. Cela implique simplement de ne pas être seul dans ce refus, c’est-à-dire de s’assurer qu’un groupe important sera prêt à faire masse autour de tout gilet jaune à qui les bleus voudraient chercher des poux dans la tête.
Nous pourrions aussi éviter de stationner nos véhicules à des endroits où les bleus relèveront leur plaque et nous le feront payer ; mais tant qu’à faire, nous pourrions même éviter qu’ils relèvent nos plaques. La boue est courante dans nos contrées de bouseux, une immatriculation peut vite devenir illisible par mégarde, et une telle situation implique que les flics osent venir au contact pour savoir à qui envoyer une prune.
Et puis y’a des fois aussi, peau d’balle, redressons la tête et faisons-leur la nique ! À 35€ le parking interdit par arrêté municipal, ça peut parfois valoir le « coût » de poser nos caravanes et nos bagnoles où on veut, surtout si ça les emmerde ! À 22€ le coup de klaxon, ou 35€ l’opération escargot, c’est pareil (surtout si on a roulé dans la boue avant) !

Car ce qui est en jeu, c’est la possibilité même de continuer à agir sans avoir à subir leur zèle ridicule et leurs procédures minables.

Messieurs les gens d’armes, mesdames les préfètes, nous ne nous laisserons pas intimider ; et surtout, n’oubliez pas que nous n’oublierons pas… pensez donc au jour où on se recroisera dans des périodes plus calmes, où on reconnaîtra vos têtes, et où vous ne pourrez plus jouer les ingénus quand on vous dira que « tout le monde déteste la police » : quand on est détestable, on est détesté, c’est aussi simple que ça.

Dans l’immédiat, nous commençons déjà à faire ce qu’il faut pour retourner ces attaques en forces.

Au-delà des quelques idées mentionnées, nous invitons donc tout le monde à soutenir la Caravane du Peuple et à donner vie et corps à ses cousines : appel à don ici.

Nous invitons aussi à lire et diffuser le petit texte « Flics de campagne », qui propose de retourner gentiment les contrôle de flics en contrôle des flics.

Nous invitons également tous ceux qui le peuvent à se rendre au procès d’une figure des gilets jaunes creusois poursuivie devant les tribunaux pour quelques supposées incartades, convoqué au tribunal de Guéret ce mercredi 29 mai : un lien vers son intervention sur france bleu ici.

Enfin, pour ceux qui douteraient encore de la réalité (la vraie, pas celle des médias aux ordres) au sujet des répressions policières, jetez donc un œil sur le site de David Dufresne ou prenez le temps de regarder le documentaire de StreetPress sur la question...

Gilets jaunes : défiez-vous des prunes, mais surtout gardez la pêche !

Les gilets jaunes triompheront !

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