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Le lierre pousse dans le tribunal d’Ussel, un drone surveille

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À l’occasion de la date anniversaire du mouvement, les gilets jaunes d’Ussel, accompagnés d’autres GJ du secteur et d’une foule bigarrée, ont occupé l’ancien Tribunal d’Ussel pendant toute l’après-midi de ce 17 novembre. Avec l’intention ferme de disposer bientôt d’une maison du Peuple...

Dimanche 17 novembre cinquante personnes ont occupé pendant un après-midi l’ancien tribunal d’Ussel. Il a été fermé en 2010 pour faire des économies et parce que la ville d’Ussel, au gouvernement, tout le monde voit en gros, mais personne ne sait vraiment la situer sur une carte de la Bulgarie.

Le matin on a manifesté dans Ussel avec des points pour chanter et brailler comme devant l’hôpital menacé de fermeture. A midi, soupe populaire avec 150 personnes à peu près, comme la manif. Après ça : prise de l’ex-« palais de justice » dans l’idée d’en faire une belle Maison du peuple, avec banderoles, slogans, etc.
Le jeune bureaucrate Fabien Sésé, qui s’est dévoué il y a un an pour prendre la place vacante de sous-préfet d’Ussel, en a profité pour demander à son supérieur Frédéric Veau le droit de faire un exercice avec ses gendarmes : vérifier s’ils savaient faire voler un drone. Frédéric a dit banco, mais tu me le ramènes. Ils ont déroulé une sorte de grand tapis de sol marqué d’un grand H dans le jardin à côté du tribunal et ils ont fait péniblement décoller l’appareil, en mode Vas-y Robert le bouton rouge je t’ai dit. Le concessionnaire de « SUV » Christophe Arfeuillère (maire d’Ussel) n’a pas pu venir voir, retenu par une compétition de quad, mais Frédéric doit lui envoyer le lien de la vidéo, donc c’est bon.
Pour accélérer l’expulsion le sous-préfet a déclaré le bâtiment insalubre alors qu’il n’est pas encore en très mauvais état. Mais ça devrait venir au fil des ans. Le simple vitrage et les huisseries, humides faute de chauffage, ont laissé le lierre percer magnifiquement à travers les fenêtres (photo). C’est le lierre, aujourd’hui, qui réoccupe majestueusement cette belle bâtisse "publique".

L’eau a pu être facilement rétablie, mais pas l’électricité. On a pu manger grâce aux camarades qui sont restés dehors et nous ont passé des marmites et du pain qu’on a hissés avec une sangle depuis la fenêtre du premier étage. L’occupation, inattendue, a surpris les policiers, qui, cagoulés, avaient la main sur le flashball pour empêcher de passer la soupe. Un d’entre eux a été comblé de bonheur lorsqu’il a pu gazer en pleine face les occupants à l’entrée du tribunal, comme dans l’exercice à l’école de police, avant de se voir refermer les portes sur lui. Le produit chimique poivré a rendu l’air difficile à respirer dans tout le tribunal, sur deux étages, pendant une demi-heure.
Sinon, la très belle charpente est encore en bon état, et la salle d’audience, avec sa petite estrade sans juge, est parfaite pour des pièces de théâtre ou autres soirées dansantes.

Faute de pouvoir prolonger la fête, nous sommes partis juste au moment où la préfecture avait envoyé trois cars de gendarmes mobiles acheminés exprès de Brive ou Tulle pour péter les portes, gazer et frapper. Ils ont commencé à s’équiper et là, tous les occupants sont sortis en chantant et les flics étaient dégoûtés. On est repartis en manif marrante et sur le parking final, on a déployé des tables, les crêpières, tout pour entourer et bloquer la voiture de deux RG qui attendaient pour partir. Un rail de pétards énormes (mitraillette) a été allumé sous leur voiture : ça a pété longtemps et fort !

Tout le monde était super content... sauf les keufs, sans doute !

A Ussel comme partout, l’Etat laisse pousser le lierre et envoie ses escadrons pour nous empêcher de vivre. On reviendra et on sera des millions !


P.-S.

Crédits photos pour l’illustration de l’article : Delphine Simna Photo