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Lettre à mes collègues de crèche (et d’ailleurs)

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Cette semaine, nous avons défilé ensemble contre la réforme petite enfance en cours : plus d’enfants, moins de professionnel·le·s, moins de surface par enfant,… La même rengaine que partout ailleurs s’applique inlassablement aux bébés et aux professionnel·le·s qui les accompagnent. Nous savons que cette loi va encore amplifier les difficultés que l’on rencontre au quotidien pour un accompagnement de qualité et même si la contestation est limitée, elle tente de se construire. Mais se mobiliser pour garantir des bonnes conditions de travail et un accueil de qualité aux jeunes enfants, c’est aussi se mobiliser contre la réforme des retraites. Car, malgré quelques journées de fermeture ou de perturbations, le mouvement peine à s’installer durablement dans notre travail. Nous savons tou·te·s que cette loi est néfaste pour nous comme pour les enfants : qui se voit travailler en crèche à 64 ans minimum, et bientôt plus ? Même si la pénibilité de notre travail n’est pas reconnue, elle est une réalité : enfants que l’on porte, positions au sol, environnement sonore, disponibilité psychique importante, douleurs au dos, aux articulations… Il va de soi que l’avenir des “établissements d’accueil du jeune enfant” n’est pas glorieux si les choses continuent à ce rythme, il est temps de montrer que cela n’est pas une fatalité.

Oui, il est difficile de faire face aux familles et d’assumer que nous les mettons parfois en difficulté car nous n’accueillerons pas leurs enfants de manière répétitive. Mais demain, serons nous fièr·e·s d’accueillir les autres enfants dans des conditions de plus en plus inacceptables ? Ce que nous tentons tant bien que mal de préserver en se pliant en 4 au quotidien pour pallier le manque de moyens sera impossible à tenir. Et pourtant, aujourd’hui comme demain, les enfants ont le droit à un accueil de qualité, et les professionnel·le·s ont le droit à une qualité de travail que la réforme des retraites met à mal. Nous ne pouvons pas sacrifier les enfants à venir et notre futur au prétexte de ne pas pénaliser les familles que nous accueillons. Dans tous les métiers du soin, cette question se pose : les difficultés croissantes pour maintenir un service de qualité minimum à court terme doivent-elles nous amener à renoncer à pouvoir se projeter sereinement ? Osons voir loin et lutter aujourd’hui pour ne pas subir demain. Les luttes dans le secteur hospitalier sont la preuve que c’est possible.

Oui, il est difficile de voir notre salaire amputé par la grève alors qu’il n’est déjà pas bien élevé. Mais demain, quand nous aurons une retraite de misère, ce ne sera pas pour un mois. Surtout que nous sommes nombreu·ses·x à travailler en temps partiel, à prendre des congés parentaux ou avoir des contrats précaires qui font que nous serons particulièrement concerné·e·s. N’oublions pas que si l’argent est toujours un problème, des outils de solidarité existent comme les caisses de grève. Donnons-nous les moyens d’obtenir ce que l’on veut. Organiser des rotations entre grévistes peut permettre de perturber le bon fonctionnement de l’accueil et de minimiser l’impact sur nos salaires par exemple.

Oui nous sommes invisibilisé·e·s et nous avons l’impression que notre grève n’a que peu d’impact direct. Mais la grève dans les crèches a pourtant un impact direct sur la capacité de travail des parents et donc sur l’économie. Et si l’impact économique reste peu élevé, la puissance symbolique de la petite enfance en grève a une réelle portée. A nous de la diffuser, de montrer notre présence dans les rues et partout où cela est possible. Porter la grève dans les crèches, c’est aussi montrer au quotidien pour des milliers de familles que l’opposition est partout. Nous n’obtiendrons pas d’accord spécifique ni de reconnaissance de pénibilité. Pour nous il n’y a qu’une solution : le retrait ou l’application pleine et entière. A nous de nous impliquer pour la bonne issue.

Arrêtons de subir notre quotidien, relevons la tête et affirmons nos valeurs : nous voulons un bel avenir pour les enfants dont on s’occupe comme pour nous. Nous voulons les moyens de bien faire notre travail. Nous voulons nos retraites.

A bientôt dans les rues et dans les crèches fermées.

Un·e collègue mobilisé·e parmi tant d’autres.



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