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Pour des services civiques réellement fictifs !

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Il faut abolir le service civique.
Pour des services civiques réellement fictifs !

Vous en avez peut-être déjà croisé. Ils pointent le bout de leur nez aussi vite qu’ils ne disparaissent. Indissociables de leurs compères, ces jeunes de 16 à 25 ans viennent travailler juste à côté de chez vous et même parfois avec vous : on les appelle « les services civiques ». En 2020 le dispositif fête ses dix ans. L’occasion de souffler sur les braises d’un débat sur le travail qui ne semble pas prendre dans les consciences des associations du plateau de Millevaches qui ont recours aux services civiques.

Ils et elles sont plus de 435 000 en France a en avoir effectué un. Vivacité du tissu associatif oblige, le Plateau n’est pas passé entre les mailles du filet du service civique. Ces jeunes engagé.e.s touchent une indemnité de 473,04 euros par mois, financée par l’État et à laquelle s’ajoute une prestation versée par l’organisme d’un montant minimum de 107,58 euros. À ce titre ils répondent à la législation du Code du service national (le même qui régit le service militaire !). Logique, d’une part, n’étant pas considérés comme salarié.e.s, pratique, d’une autre, quand il s’agit de faire respecter des droits auxquels il leur est de toute façon impossible d’aspirer.

Aujourd’hui, le mode de financement des associations les amène de plus en plus à avoir recours à des bricolages humains qui leur permettent de survivre : bénévoles, anciens contrats aidés, services civiques sont les rouages du néolibéralisme appliqué au monde associatif. Le travail gratuit bat son plein et l’économie sociale et solidaire (ESS) est en première ligne grâce au sacro-saint « engagement citoyen ». Néanmoins les associations qui engagent à tour de bras ces contrats précaires éludent ces questions et s’étonnent ensuite de devoir faire face à des situations conflictuelles qui peuvent parfois mal se terminer.

« Vous n’êtes pas dans une relation de subordination avec votre organisme d’accueil mais dans une relation de collaboration. » www.service-civique.gouv.fr

Ainsi ces jeunes se retrouvent à devoir assumer une position vis-à-vis de leurs « collaborateurs », rendue opaque : ni salariés, ni bénévoles, ni stagiaires, leur statut floute les frontières du travail, et le milieu associatif du Plateau est loin d’y faire exception. Dans ces espaces où le « tu » fait autorité, où chacun et chacune se croisent en dehors du temps de travail, où d’autres conventions socioprofessionnelles entrent en vigueur il est parfois difficile de comprendre qui on est et, surtout, pour qui. Pourtant la question de la négociation du pouvoir dans l’ESS n’est pas récente et nourrit à ce titre beaucoup de discussions, qui débouchent souvent sur la nécessité de désigner clairement l’autorité. Nier ces relations hiérarchiques sous couvert d’évoluer dans un milieu associatif, fantasmé hors des quadrillages de l’entreprise, c’est s’assurer une confrontation brutale avec la réalité marchande qui conditionne le travail.

Perversion supplémentaire dans des associations comme Radio Vassivière ou Télé Millevaches, comme les salarié.e.s sont en autogestion quasi-totale, au quotidien c’est de facto le collectif de salarié.e.s qui joue le rôle de patron soft du service civique. On se retrouve avec des services civiques amené.e.s à accomplir du travail presque à l’identique des salarié.e.s. Identiques en apparence, les deux personnes de l’open space sont séparées par une grande barrière juridique : l’un a une quasi-garantie, l’autre est dans le flou le plus total. Et il ou elle est bien nettement moins payé.e.

À ce jeu d’équilibriste, entre budget et éthique, il n’y a pas de réponse arrangeante. Toutefois, a minima, il est urgent que les associations prennent en considération la perversité de ce dispositif qui profite d’une main-d’œuvre attirée par un cadre, celui de la « culture associative » et ses valeurs, et qui, du même coup, le vide de tout son sens. Il a été créé pour enseigner aux jeunes deux vertus fondamentales de ce qu’est devenu le marché du travail : l’obéissance aveugle et la hiérarchie floue. Les discussions qui alimentent ce débat n’en finissent pas, pour savoir si on peut leur demander telle ou telle tâche, si on peut exiger d’elleux la même ponctualité qu’un.e salarié.e ou des présences en réunions le soir, etc. Ces questions ne peuvent avoir aucune bonne réponse. Elles ne font que cristalliser un problème ignoré et qui le restera si les associations qui font aussi vivre le Plateau ne veulent pas s’en saisir.

Chacun.e connaît, autour de lui ou d’elle, une situation de service civique qui s’est mal terminée : surcroît de travail non payé, frustrations, incompréhensions, etc. Il n’est pas possible de faire quelque chose de bien dans ce dispositif issu du service national. Les associations s’honoreraient à arrêter totalement de prendre des services civiques, ou alors à les utiliser d’une des rares manières pertinentes : en remplissant les papiers de concert avec les intéressé.e.s pour empocher l’argent, sans se raconter d’histoires entre le faux stage, le faux travail et le faux salariat.


P.-S.

À ce sujet vous pouvez aussi consulter :
Certains passages de l’émission suivante : Radio Vassivière, « Le service civique ou la crise économique », Jeunes et connes, novembre 2019. http://radiovassiviere.com/2019/11/jeunes-et-connes-une-emission-pour-les-vingtenaires-de-la-montagne-limousine-episode-1-le-service-civique-ou-la-crise-economique/
Julia Burtin Zortea & Lucie Gerber, « Réflexions sur les frontières du travail avec Maud Simonet », Panthère Première, n° 5, printemps-été 2020, p.7-p.16.
À paraître : Lily Zalzett & Stella Fihn, Te plains pas c’est pas l’usine. L’exploitation en milieu associatif, mars 2020.
Vittorio Gallegari, « Garantie Jeunes, service civique, volontariat, bénévolat, stage : le sous-emploi et le travail précaire gagnent du terrain en France », Regards.fr, octobre 2018. http://www.regards.fr/politique/societe/article/moins-de-droits-moins-de-salaire-meme-metier-les-realites-du-travail-gratuit-ou


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