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Le gouvernement s’attaque à la petite enfance

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La politique du gouvernement pour les jeunes enfants : silence et ordonnance

Après des attaques sociales dans tous les secteurs imaginables il n’est pas étonnant que gouvernement - en catimini - veuille s’en prendre aux établissements d’accueil du jeune enfant : crèches, haltes-garderies, multi-accueil... Coûteux et peu rentables économiquement, l’éveil et le bien-être des tout-petits dans les structures d’accueil ne semblent pas la priorité du gouvernement Macron. Alors que les assistantes maternelles ont le droit à une réforme du « cumul emploi-chômage en cas d’activité réduite » qui ajoutera de la précarité à leur profession, les établissements d’accueil du jeune enfant sont maintenant dans la ligne de mire.

Si des mesures semblent se dessiner, le gouvernement n’a pas - pour le moment - communiqué de décisions officielles et précises sur cette future réforme. Le silence qui plane n’augure rien de bon, d’autant plus que le gouvernement projette de faire passer les réformes par ordonnance pour aller au plus vite, éviter tout débat et surtout tout mouvement de contestation. Cela en dit long aussi sur la gestion technocratique et purement économique de la réforme qui ne prend nullement en compte les besoins des enfants, des parents et des professionnel·le·s malgré les « grands débats ». Pourtant, on sait que la petite enfance est un moment important de la vie, de la construction des individus et des interactions sociales. Les enjeux tant individuels que sociétaux sont donc particulièrement importants.

Des mesures inquiétantes et dégradantes

Le collectif Pas de bébés à la consigne ! s’est constitué en 2009 face aux décrets Morano qui dégradaient déjà les conditions de travail et d’accueil des enfants. Aujourd’hui il dévoile certaines mesures inquiétantes qui semblent se profiler :

  • Le taux d’encadrement risque de se dégrader : il passerait à une professionnelle pour 5 enfants jusqu’à 15 mois et à 1 pour 8 au-delà de cet âge. Alors qu’aujourd’hui c’est l’âge de la marche qui fait référence.
  • Le calcul des capacités d’accueil se fait aujourd’hui sur la semaine. Avec la réforme, il se ferait au regard des heures d’accueil disponibles, ce qui risque d’entraîner un accueil des enfants en surnombre quotidiennement.
  • Alors que les micro-crèches fonctionnent avec des dérogations importantes par rapport aux autres établissements du fait de leur capacité d’accueil réduite, celle-ci pourrait passer de 10 enfants, actuellement, à 16.
  • Ouverture à une dérogation très importante pour les assistantes maternelles (en MAM [1]) qui pourraient être autorisées à prendre en charge jusqu’à 6 enfants pour assurer des remplacements : c’est au-delà du taux d’encadrement actuel pratiqué en micro-crèche pour les bébés !
  • La surface d’accueil des jeunes enfants dans les grandes villes pourrait diminuer. Elle est actuellement de 7 m2 par enfant et pourrait passer à 5,5 m2, ce qui ne permettrait plus aux enfants d’avoir des conditions de jeu et de vie favorables à leur développement.
  • La suppression du ratio de 40 % des professionnel·le·s les plus qualifié·e·s auprès des enfants. Avec une logique de « compétences » plutôt que de diplôme. Le fait de dénigrer la formation pour les personnes qui accompagnent les tout-petits montre le mépris des décideurs pour ces professions - particulièrement féminisées - et pour la petite enfance en général. Elle n’est pas sans nous rappeler Xavier Darcos, quand il était ministre de l’Education nationale, qui fustigeait la formation des professeurs des écoles en disant qu’il ne faut pas un bac + 5 pour changer des couches... Ignorance et mépris.

Jeudi 28 mars une première journée de mobilisation est prévue dans un secteur qui n’a que peu d’habitude de contestation mais qui possède potentiellement un rapport de force important. Macron compte sur la discrétion de ce type de réforme ; pour y faire face diffusons largement ces attaques contre les jeunes enfants, leurs proches et les professionnel·le·s qui les accueillent !

Mise à jour du jeudi 28 mars : un grand nombre de crèches et multi-accueil ont été fermés ce jour malgré la rapidité d’organisation, 8 crèches municipales sur 13 à Limoges, des crèches associatives et d’autres communes, notamment gérées par la mutualité. Nationalement cette première journée de grève est aussi une réussite dans un secteur qui se mobilise peu habituellement, le mouvement ne fait que commencé.



Notes

[1Maison d’assistante maternelle.